«
C’est un missile ». J’ai souvent entendu ça,
mais sans y croire vraiment. Du coup, c'est parti pour un essai. Dès
le premier regard, la petite bombe de Yamaha en impose par son look
racé et son gabarit, proche d’une 250 de GP. La position
est naturelle malgré des bracelets très bas, et étonnant,
elle est même confortable. Je n’ai pas l’impression
de tenir l’axe de roue avant comme sur la CBR 600 RR ni d’être
cassé en deux morceaux. Le moteur s’éveille dans
un feulement de chaton, mais attention, cette brêle est un démon.
Le trajet urbain se montre agréable, l’assise est souple
et je n’ai pas les poignets endoloris. Je profite de la gniaque
du moteur pour envoyer du « bois » entre deux feux, un régal.
Contrairement aux préjugés, elle envoie un paquet de watts
même sous 8000 tr/min sur les deux premiers rapports. C’est
pas le Pérou, mais suffisant pour partir en wheeling sur la première
sans toucher à l’embrayage. L’autoroute en vue, je
vais voir ce qu’elle a dans le ventre. Descente d’un rapport,
je visse l’accélérateur à toc, et là,
tout change. Passée 10.000 tr/min, l’aiguille du compte
tours bondit violemment jusqu’à la zone rouge à
15.550 tr/min dans un hurlement à réveiller les morts
et faire bander le pilote. Sans faiblir jusqu’au rupteur, elle
ne semble jamais vouloir s’arrêter de hurler, elle aime
ça et en redemande.
Dans
son élément
La première sortie m’amène sur une route de campagne
que je connais parfaitement. Pas de képis, gaz… Je suis
catapulté à l’entrée d’un virage, à
l’autre bout de la ligne droite qui me semblait pourtant longue.
« Putain ça passe pas » me dis-je. Réflexe
du condamné, je pousse sur le guidon, la moto se couche, et passe
sans broncher. Sa facilité est hallucinante, j’ai à
peine l’impression d’être intervenu pendant les deux
dernières secondes. J’ai simplement fixé le point
où je devais aller pour survivre et comme par miracle, j’y
suis. La série de virolos qui suit devient un jeu d’enfant.
Avec un empattement très court et des suspensions qui travaillent
remarquablement, elle est vive comme l’éclair. On dirait
même que sa sportivité n’a pas de limites tant elle
freine fort. J’envoie pleins gaz avant le gauche du fond…
Freinage sur l’angle, je rentre deux rapports, la moto se met
en glisse… un petit déhanché à la Doohan…
Ça passe encore une fois. « Un jouet », facile, hyper
efficace, elle avale tout sans encombre, mais réagit parfois
avec brutalité sur les bosses. Il faudrait un amortisseur de
direction pour l’adoucir. Je suis dans la peau de Valentino Rossi
sauf que je ne domine rien, c’est elle qui m’emmène.
Maintenant je les crois ce qui disent « C’est une machine
de fou ». Mais attention, son comportement violent risque de déstabiliser
les débutants en sportive. Et même, pour les avertis, un
petit stage de pilotage semble nécessaire.